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Coming-Out
Racontez votre coming-out au passé, au présent, au futur
Coming-out | 21.07.2015 - 12 h 28 | 0 COMMENTAIRES
Alixe, ou le coming-out solaire

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Je dis ouvertement et avec facilité que je suis « bie », mais comme en même temps je fais beaucoup de plaisanteries, je ne suis jamais prise au sérieux!Une seule personne jusqu’à présent y avait crû : un ami que j’ai perdu de vue depuis. Aussi, un changement de donne s’imposait pour moi!  Il a eu lieu à l’occasion d’une fête de fin d’année.

Assises au fond d’un parc du lycée, nous étions un peu moins d’une dizaine copines. Nous rigolions et chahutions lorsque l’une d’entre nous a proposé de faire un « action ou vérité ». De bon cœur, nous nous sommes successivement prêtées au jeu, et quand vint mon tour, je préférai « vérité ».

« Pour ta première fois, comment veux tu faire l’amour  ? » Voilà la question à laquelle j’ai eu droit. Rien de bien méchant en soi quand on est hétéro, même si c’est le genre  de chose à faire rougir les timides. Moi j’ai au contraire saisi cette opportunité pour faire mon coming-out, car je voulais que ma réponse soit la plus honnête possible!

Au moment où je m’apprêtais à répondre, mes amies me prévinrent que trois garçons de la classe s’approchaient. Dans un esprit toujours festif,  mais surtout soucieuse de répondre à leur question avant qu’ils n’arrivent jusqu’à nous, je lâchai d’un coup, vraiment fort, libérateur :
« Ce serait avec une fille ! »
Soulagement ultime pour moi :  elles éclatèrent de rire, surprises mais en totale acceptation.Je me suis rendu compte que j’avais des amies exceptionnelles ! Bon, bien sur, des questions ne pouvaient pas manquer, et j’y ai eu droit suite à ma révélation.

Certaines étaient posées à voix haute : « c’est quoi ton genre de fille ? », « t’as le béguin pour quelqu’un de la classe ? », « Je parie que tu aimerais sortir avec telle ou telle ! » ( pour la dernière question, c’était même pas vrai, lol).Tandis que d’autres  se lisaient ou se devinaient dans leurs regards : « Est-elle amoureuse de moi ? » , « Me désire-t-elle lorsqu’elle me prend dans ses bras ? » etc.

Mais peu importe leurs interrogations assumées ou tues, je considérais ma sortie du placard comme une franche victoire, parce que c’était la première fois qu’elles me croyaient sincèrement! Et ce sentiment m’a fait beaucoup de bien!
Je suppose que nos relation seront légèrement différentes à compter d’aujourd’hui , mais je ne m’en fais pas.

Et puis, maintenant que mon groupe d’amis- qui au passage a été formidable- le sait,  je suis tentée de continuer sur cette lancée en m’assumant auprès  d’autres amis,  ma sœur et même mes parents! Sans oublier mes patrons, car vivant cinq mois de l’année chez eux, c’est parfois pesant de devoir rire aux blagues hétéros tout en leur mentant « par omission ».

Pour paraphraser Neil Armstrong,  ce fut un petit pas sur ma (longue) liste de futurs coming-out, mais un très grand sur celui de mon bien-être! Merci les filles !

 

Coming-out | 17.07.2015 - 17 h 23 | 6 COMMENTAIRES
Benjamin : Libéré! Délivré!

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Ça y est, je l’ai enfin dit à mes parents!

Bien que j’ai commencé à sortir du placard au début de l’année, en le disant à mes amis qui l’ont plutôt bien pris( rien n’a vraiment changé entre nous depuis), je n’avais jamais osé le dire à mes parents.
Aujourd’hui, c’est chose faite, et je suis tellement soulagé!

J’ai toujours eu un peur, je crois, de la réaction potentielle de mon père, qui ne se privait jamais pour rabaisser les gays et tenir des propos ouvertement homophobes. Pourtant ce matin, lorsque je suis descendu dans la cuisine, il s’est montré sous un nouveau jour: il a été parfait.
Pour le leur annoncer, je ne suis pas passé par 4 chemins. Je leur ai dit:

« Il faut qu’on parle. Je suis gay. Je suis gay depuis toujours et j’en suis absolument certain ».
Voilà, en une phrase, c’était fait. A 21 ans, après des années au placard pendant lesquelles jamais je n’avais envisagé d’en sortir, je l’avais fait. J’avais pris mon courage à deux mains, et m’étais lancé. Tout ce poids en moi s’était envolé, en une seule déclaration qui avait aussitôt suspendu le temps.

Pendant une longue minute, mes parents sont restés complètement silencieux, sous le choc. J’essayais tant bien que mal de combler le silence, de leur arracher quelques mots. Sans succès, jusqu’à ce que ma mère sorte la première de son mutisme:

-« Vraiment? » a-t-elle demandé.  » Alors d’accord, qu’il en soit ainsi, je suis une personne tolérante ».
Au moment où j’estimais que c’était pas trop mal pour une première réaction,  elle s’est vite empressée de rajouter:
-« C’est pas du tout ce que j’aurais voulu.  Pas du tout! »
Puis elle a prédit que ma vie serait dure,  que beaucoup de portes se fermeraient sur mon chemin et que je n’aurai jamais d’enfant.

Ce à quoi j’ai répondu que tout ça, ce n’était pas de ma faute mais de la responsabilité du monde qui m’entourait, et que de toute façon j’étais plus que prêt à faire avec.
Tout ce temps, mon père n’avait pas une seule fois desserré les lèvres.  Ma mère, très finement, s’est alors adressé à lui :
-« Ça va? Te connaissant, ça doit être horrible pour toi! Tu dois te sentir vraiment mal! »
Et là, enfin, il s’est exprimé:
-« Ce sera surement plus difficile pour toi que pour moi. Certes ça me fait bizarre, mais ça va. »
Je leur ai ensuite expliqué que j’étais vraiment heureux d’être homo, ce que m’a mère n’a pas cru, avant de demander si j’avais déjà couché avec une fille. Devant mon hochement de tête, elle a rétorqué :
– » Et alors? C’était pas bien? »
A ce moment je lui ai fait savoir que ce fut bien, mais que ce n’était pas pour moi, et qu’enfin il ne s’agissait pas que d’une simple histoire de sexe.
Dans une sincère curiosité, elle a fini par me demander ce que je pouvais bien trouver aux garçons.
-« Je ne sais pas, la même chose que toi j’imagine » me suis-je entendu lui balancer.
Mon père, pour calmer un peu le jeu, en souriant s’est fendu d’un :
-« Alors explique le…Mais à moi ! »
J’ai ri, puis on s’est tous tu pendant quelques instants, et je suis remonté dans ma chambre d’où j’ai entendu ma mère pleurer pendant une bonne heure…

Elle est encore un peu sous le choc, mais je crois que cela lui passera.Dans tous les cas, je suis heureux de l’avoir fait, d’avoir su garder mon calme afin de répondre intelligemment à leurs questions, même déplacées.  Je suis tout autant fier de mon père qui a, en quelques minutes seulement, pu remettre en cause sa façon de penser en laissant tomber ses préjugés pour choisir de m’aimer comme je suis.

Coming-out | 15.07.2015 - 12 h 14 | 4 COMMENTAIRES
Katelyn : un coming-out trans absolument fabuleux !

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Mon histoire est celle d’un coming-out trans qui, somme toute, s’est révélé l’un des plus beaux et fluides qu’il m’ait été donné d’entendre. Je me sens chanceuse et très heureuse de ne pas avoir connu de difficultés majeures chez mes proches, comme on le voit trop souvent.

Je suis Katelyn, une jeune femme de 27 ans habitant Dijon. Bien que je ne sois pas encore formellement entrée en transition, j’ai néanmoins pris les devants et fait mon coming-out de MtF( male to female, c’est-à-dire homme à femme) il y a un peu plus d’un an.

A cette époque, je vivais aux USA, pays dans lequel je résidais déjà depuis 5 ans. Cinq années jonchées de dépression, de comportements à risques et de déni. Puis, au terme d’un processus confrontant ce que je savais au fond de moi et qui me pesait, j’ai passé la porte d’une thérapeute s’y connaissant dans les questions de genre.

Ce fut salutaire, et c’est à partir de là que je commençai à dire au monde, en tout cas au mien, que j’étais une femme. Puisque je fréquentais le milieu lgbt new-yorkais et que des amis à moi tenaient un bar de drag queens dans le village, ils furent les premiers auxquels j’en parlais.

Tout se passa bien, j’étais aux anges, mais je me rendais compte qu’au bout d’un moment il me faudrait le dire à d’autres personnes : des amis de longue date restés en France, la famille, dont mes parents en particulier, qui étaient les plus importants quand même !

Avec le décalage horaire et la distance entre la France et les Etats-Unis, au fil du temps Facebook était devenu le moyen de communication habituel entre ma famille et moi,  mais je ne me voyais pas du tout lâcher une bombe comme ça à mes proches sur un réseau social! Il fallait absolument le leur dire de vive voix, au moins au téléphone!

Mon père était celui avec lequel je souhaitais commencer: je me suis donc entraînée longtemps. Le jour J, je l’appelle avec mon discours tout prêt dans la tête, mais comme souvent, ce genre de choses se passe rarement comme prévu.

Je me suis retrouvée à tourner autour du pot jusqu’à ce que mon père perde patience et me demande d’accoucher. Je lui ai donc dit « papa, je suis un homme mais je ne me sens pas comme tel, je ne me suis jamais sentie comme tel et je tenais à te le dire de vive voix parce qu’un jour, tout ça changera… » Il m’a engueulée en disant que j’étais conne d’avoir eu peur de lui en parler.

Quand je l’ai entendu dire le mot « conne », mon cœur a fait un bon dans ma poitrine! Qu’il utilise une adjectif féminin seulement quelques secondes après mon discours, ça m’a rendue folle de joie! Même si juste après il m’a donné du « tu es mon fils et tu seras toujours mon fils quoi qu’il arrive… », et que j’ai été obligée de lui faire une remarque alors qu’il avait si bien commencé à s’adapter!

J’étais d’autant plus surprise et reconnaissante de sa réaction globale car il s’est excusé de s’être emmêlé les pinceaux en m’expliquant que tout ça était un peu nouveau pour lui( et je lui donnais raison pour le coup). Aujourd’hui, il est le premier à m’inciter à vivre ma vie comme je l’entends sans trop perdre de temps!

Après mon père, la seconde personne que j’ai appelée était ma mère. Je n’ai jamais su si mon père lui avait parlé un peu avant, mais toujours est-il qu’elle aussi a plutôt bien reçu ma déclaration, avec à la clé une boutade(ou pas ?) : Tout ce qui semblait la préoccuper, c’était comment j’allais faire pour m’habiller et me chausser, lol. Bon malheureusement depuis mon retour en France je vis chez elle, et comme entre temps elle s’est remariée avec un homme très étroit d’esprit, c’est un peu plus difficile et c’est d’ailleurs cela la raison de ma « pause »( le fait que je n’ai pas encore commencé pleinement ma transition).

A ce stade, il ne me restait, dans les gens vraiment importants pour moi, que mes sœurs et ma meilleure amie. Les premières étaient assez détachées. Mes sœurs m’ont juste dit  quelque chose dans le genre de « OK, cool » ,  sans plus d’intéressement ou d’interrogation, ni avant, ni après, ni maintenant…

Quant à ma meilleure amie, elle était fin excitée pour moi! Aujourd’hui on en parle encore régulièrement. Pour ses enfants, Tonton a laissé sa place à Tata (bien qu’ils n’aient pas totalement compris pourquoi), ce qui génère des situations comiques lorsque je vais (de temps à autre quand aucun des parents ne le peut) les chercher au groupe scolaire, lorsque l’on va faire les courses ou encore dans des sorties publiques.

On me « out », et moi, ça me fait rire 🙂

Après ça, j’ai fait un statut sur FaceBook pour dire ce que j’avais sur le cœur : j’ai eu de très bonnes réactions, j’ai même reçu des messages de soutient de personnes que je ne connaissais pas (des amis d’amis qui en voyant les commentaires ont pu lire mon message).

Je souhaite à tout le monde d’avoir la possibilité d’un CO comme le mien car même si -comme la plupart  d’entre nous -j’ai perdu quelques personnes de mon entourage passé (de 10 a 15% je dirai), dans l’ensemble, je suis fière des personnes que je côtoie, heureuse de leur réception de mon CO et surtout très chanceuse d’être entourée d’eux.

 

 

Coming-out | 19.04.2015 - 00 h 03 | 3 COMMENTAIRES
Caroline: «Je veux que ça se sache»

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Toute ma vie, mes coming-out ont été des surprises. Quand je pensais qu’ils seraient source de réactions négatives, de conflit, ils passaient comme une lettre à la poste. C’est ainsi que j’ai annoncé à ma mère en pleurant que j’aimais les filles, comme justification à mon attitude dissolue d’adolescente, en lui disant que c’était grave et que ça me rendait malheureuse, et qu’elle m’a répondu, sincèrement surprise:

«ah mais c’est tout? C’est pas grave hein.»

C’est de la même façon qu’à pâques, une minuscule tasse à café tremblante dans ma main, j’ai pris sur moi de le dire à ma grand-mère, bourgeoise, catholique, persuadée que j’aurais à tenir un discours à base de «mais je suis toujours la même, etc.» et me suis retrouvée quelques minutes plus tard à la prendre dans mes bras alors qu’elle me disait qu’elle était fière de moi. Quelques mois plus tard, autour d’une délicieuse crêpe aux champignons, je lui expliquais dans le détail les actions que je menais en tant que militante queer.

Mais c’est aussi de cette façon surprenante que j’ai vu des collègues de fac me regarder avec dégout, des copains avoir besoin de temps, de beaucoup de temps avant de digérer cette information, des collègues de travail me conseiller de ne pas trop ébruiter cela, sinon ça risquerait de se savoir.

Mais oui. Moi je veux que ça se sache. Et je continuerai à en parler, avec tous ceux avec qui je considère çela adapté. Après tout, les hétéros nous racontent bien leurs week-ends à la campagne chez leur belle-mère sans que personne ne juge ça obscène ou «trop perso». Je continuerai à en parler sur le même ton que ceux qui racontent leur week-end à la campagne. Car si j’ai compris une chose au cours de mes nombreux coming-out, c’est que quelle que soit la personne en face, quelle que soit sa réaction possible, il vaut toujours mieux en parler comme si ce n’était pas un problème, comme si c’était aussi important qu’un week-end de balades dans la forêt. Parce que ce n’est pas un problème.

Coming-out | 29.03.2015 - 10 h 20 | 2 COMMENTAIRES
June: «Ce n’est pas une phase, je ne fais que poser des mots sur ce que je suis depuis toujours»
keep calm coming out just a phase

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Je me fais appeler June. Mon histoire commence dans les semaines autour de mes 14 ans, à la mi 2010 quoi. Une anecdote tellement conne que certain.e.s de mes ami.e.s ont failli en éclater de rire. Bon, c’était un soir au camping pendant le mois d’août, les animateurs faisaient un petit spectacle. Un moment arrive où une animatrice et un animateur nous offrent un beau numéro de danse. Quand je me suis rendu compte que je trouvais les deux sexy, j’ai compris de suite. Je croyais n’«aimer» que les femmes, bah je me trompais, hein.

Etant né.e garçon, je n’étais alors plus hétéro mais bi. Aujourd’hui, je me dis que ça aurait pu être le début des emmerdes. Car, malin.e – et seul.e – comme j’étais à l’époque, c’était difficile de garder ça pour soi. Au bout d’un mois, j’ai craqué. Mais je l’ai dit à la mauvaise personne. Une grosse partie des élèves de mon collège de ZEP, en pleine Seine-Saint-Denis, l’a su. Je ne sais pas mentir. Ça a même circulé, apparemment, jusqu’au lycée que j’ai ensuite fréquenté pendant 3 ans. Et après? J’ai subi quelques remarques pendant 2-3 jours, rien de bien méchant hein, à part une meuf qui, pour faire l’intéressante, m’a dit «je parle pas aux bis». Ok. Ce qui a été embêtant, ça a été les potes qui m’ont dit que c’était pas possible, à moins que je me sois déjà fait.e enculer. Hey, comment vous savez que vous êtes hétéros? Vous avez jamais baisé, vous non plus. Je crois que ce qui a fait que, même au lycée, j’ai pas eu d’emmerdes, c’est que les gens n’y ont pas cru. «Il veut faire l’intéressant», qu’ils ont dû se dire. Au lycée, en 3 ans, plusieurs personnes qui n’étaient pas dans mon collège m’ont demandé si j’étais effectivement bi.e. J’ai toujours répondu non. J’avais aucune envie de me prendre la tête.

D’ailleurs c’est drôle, une des femmes qui a fait battre mon cœur le plus fort paniquerait si elle savait que je suis bi.e. Je le sais car, il y a un an, lors d’un débat animé sur le mariage pour tous au CDI, on était 6 (3 pour, 3 contre) et j’ai dû mentir sur mon orientation en me disant «hétéro». Elle a confondu avec «homo», et elle avait l’air en panique. C’est pas une personne méchante, hein. En plus, je suis tombé.e amoureux/se d’elle bien après. Bientôt elle pourrait même intégrer le même cursus universitaire. C’est la seule accroche affective que je pourrais avoir (oui, en un semestre c’est difficile de s’attacher aux gens), et ça me fait du mal de me dire que sur ces questions-là, ça risquerait d’être compliqué pour lui en parler. Ça me ferait du bien pourtant.

Bref, je n’étais pas encore tombé.e sur le «c’est qu’une phase» à mon souvenir (j’ai dû l’oublier au pire). Même pas lors de mes coming-out récents (début 2014 à 2 amis qui n’étaient pas encore au courant, et en septembre 2014 à mes parents et mon frère), qui m’ont pas mal rassuré.e puisque les réactions ont été bonnes.

Récemment cependant, les choses se sont un peu compliquées. J’ai commencé à réfléchir sur mon identité de genre en juin dernier, après avoir avoué mes sentiments à cette femme dont je parlais plus haut. Je me suis rendu compte que je n’avais pas un sentiment d’appartenance très fort au genre masculin. Je me suis dit, «ah bah je dois être agenre». J’ai un peu arrêté d’y réfléchir, et en septembre, à l’approche de mon coming-out bi, je me renseigne sur les identités de genre. Transgenre fluide, neutrois, inter-genre, bigenre, demigirl… Intergenre, demigirl…

J’ai rarement fait des rêves qui avaient un «sens» que je puisse comprendre. J’ai rêvé quelques fois des femmes que j’ai aimées. Mais depuis septembre, j’en ai fait trois qui m’ont particulièrement marqué.e. Dans chacun d’entre eux, mon corps avait changé: c’était un corps féminin, le mien. Je n’étais pas dans le corps d’une femme, j’étais dans mon corps.

Pour le moment, je ne saurais définir si je suis «transfeminine». Mon ressenti est très changeant, je me sens davantage «fluide». Il y a des jours ou moments où je me dirai «merde, je suis une femme», et d’autres où j’aurai des sentiments complètement contradictoires. Ça me fait penser à mes attirances, il y a des jours où des mecs vont m’exciter, d’autres où je n’en materai pas un seul.

J’ai donc réfléchi, et je souhaite me définir comme une personne intergenre, demiboy•demigirl. Ces termes me parlent, je m’y reconnais. Dès le début j’en ai parlé à mes ami.e.s les plus proches, mais il m’a fallu presque deux mois pour en parler à ma sœur ainsi qu’à des ami.e.s un peu moins proches. Je suis encore en train de réfléchir à une éventuelle transition, mais c’est un choix difficile quand les ressentis sont à la fois stables et instables, puisqu’ils s’en vont mais reviennent toujours.

C’est donc en faisant un coming-out trans’ début décembre que l’on m’a (malheureusement) dit «c’est qu’une phase». Ça vient d’un ami à qui j’ai déjà fait mon coming-out bi. Il ne m’avait rien dit pourtant, au premier coming-out. Et je dois avouer que ça fait du mal. Il ne me rejette pas, mais il rejette pourtant la réalité de mon identité. J’y ai réfléchi, merde. Ce n’est pas une phase, je ne fais que poser des mots sur ce que je suis depuis toujours. Un mec, une nana, qui a des ami.e.s des deux genres, qui n’a jamais su s’intégrer à des groupes de mecs ou des groupes de meufs, qui a toujours voulu aller vers le genre féminin sans même en être conscient.e.

J’aimerais aussi revenir sur cette expression: «c’est qu’une phase». Et alors? Si jamais ce n’était qu’une phase, c’est mal? Il faudrait que je me remette dans le droit chemin? Ça devrait m’inquiéter? Je ne devrais pas assumer ce que je ressens au plus profond de moi? C’est terriblement agaçant de se sentir illégitime à revendiquer une identité ou une orientation sous prétexte que ce serait une phase. C’est possible, que ce soit une phase. Mais même si c’est le cas, autant la vivre en étant en mesure de s’assumer. Tout ce qu’on demande, c’est du respect et du soutien de la part de nos proches.

Il me reste donc un coming-out à faire à mes parents. Et je rêverais de pouvoir m’assumer aux yeux de tou.te.s, de pouvoir afficher mes drapeaux fièrement sur les réseaux sociaux. Ah, ce rêve. Ça serait sympa aussi que ma carte d’identité ne néglige pas mon interidentité. Un jour peut-être les choses avanceront.

Coming-out | 23.03.2015 - 18 h 13 | 0 COMMENTAIRES
Deborah: Un coming-out par fond d’écran interposé
kiss me coming-out

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C’était début seconde que j’ai découvert mon homosexualité. Entrée au lycée, changement de mentalité, de plus étant entourée de gens très ouverts je ne m’en cache pas (bien que tout mon corps et mes manières ne fussent pas d’accord avec ça et que je restai hétéro aux yeux du monde!).

Passons. Quelques mois plus tard, je rencontre une fille. Et comme tout bon début de relation un peu cucul et pas spécialement caché, je choisis comme fond d’écran de téléphone… une photo de nous en train de nous embrasser.

Un autre jour, je me retrouve à l’hôpital. Ma mère et moi sommes dans les couloirs, inondées par une bonne tonne d’affiche du genre «Éteignez vos téléphones!». Prise par le remord de l’avoir encore d’allumé, je dégaine donc le mien, m’apprête à l’éteindre et surprends ma mère qui regardait par dessus mon épaule. Pile à ce moment, une infirmière crie mon nom. Le temps que ma mère parle avec elle, j’ai un peu le temps de me rassurer. «Mais non, elle a rien vu.» «T’as vu son sourire de banane, elle a forcément vu quelque chose!» «Elle a dû croire que c’était un petit gars.»

On va s’asseoir, elle ne parle pas, je passe vite à autre chose. Nous attendons, nous discutons, et au fil de la conversation, j’en viens à rigoler sur cette infirmier qui «ne me croyait pas que je ne suis pas enceinte et a tenu à me faire une prise de sang». Ma mère rigole aussi et me réponds: «Bah au pire, montre leur ta photo de fond d’écran!» . Je la regarde, abasourdie, et je me mets à rire et à rire encore plus.

Aujourd’hui, ma mère est très amie avec deux couples lesbiens qu’elle a rencontrés complètement par hasard et elle s’entend très bien avec ma copine. La dernière fois elle me dit: «Je crois que c’est le destin.» Elle me fait tellement rire!

Photo istolethetv

Coming-out | 07.03.2015 - 19 h 35 | 1 COMMENTAIRES
Tom-Alex: «Je suis triste de ne pas avoir ma famille de mon côté»

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Depuis qu’il nous a envoyé son témoignage, le parcours de Tom-Alex s’est poursuivi. Retrouvez le récit de son périple sur son blog Se découvrir FtM

Je suis Tom-Alex, et, à l’heure où je vous écris, mon Coming-Out est terminé depuis une heure.
il s’agit d’un CO trans’, FtM, je suis un assigné fille à la naissance.

J’ai écrit une longue lettre à mes parents afin de leur expliquer mon ressenti. Ma vie.
C’était long. C’était difficile.
Mais c’était fait.
Elle a été envoyée samedi soir à 18h23 dans une boîte aux lettres d’un centre commercial.

Mes parents l’ont reçue aujourd’hui, mardi 27 janvier 2015.
J’ai reçu un appel de ma mère, plutôt mitigé.
Plein de stéréotype, de craintes, de non-acceptation.

Ici: L’article où est publiée ma lettre.

Et ici, l’enregistrement de l’appel téléphonique.

Je suis triste de ne pas avoir ma famille de mon côté, mais j’ai des ami.e.s, qui eux sont ouverts, et intelligents.
C’est ce qui compte.

Mais j’attendrai toujours mes parents.

Photo Casey Muir-Taylor

Coming-out | 06.03.2015 - 19 h 28 | 0 COMMENTAIRES
Pegase: «Parce que nous nous aimons»

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Esthéticienne et lesbienne??????? Comment est-ce possible, me direz-vous!! Et bien oui, j’ai été esthéticienne pendant plus de cinq années, je ne vous dirai pas que cela était évident du tout, bien au contraire, puisque j’ai nié tout ce temps ce que je ressentais, ce que j’étais, bien que j’avais déjà vécu une histoire avec une femme pendant mes études d’esthéticienne…

J’ai fait une reconversion professionnelle et cette année, j’étais dans la même promo qu’ELLE.

Le choc, le premier jour, la sélection des candidats pour entrer dans la formation, elle était là assise par terre éclairée par un soleil radieux, lisant son livre, fumant sa cigarette. Chaque volute de fumée qui sortait de l’étreinte de sa bouche était un spectacle étourdissant. Elle était en couple, puis un mois plus tard célibataire, moi je cherchais des hommes, niant au plus profond de mon être encore plus un peu plus qui j’étais qui sommeillait.

Et un soir, nous discutions via le réseau communautaire F., et paf texto «Non mais t’y crois toi, rougir devant l’écran alors que je lui parle!!»… Grand blanc, puis, «est-ce toi qui m’a écrit ça?» Envie de débarquer chez elle pour l’embrasser fougueusement mais non, restons raisonnable, une fois j’ai souffert et ma famille ne m’acceptera jamais, ne nous aimera jamais, nous allons souffrir de trop… Elle a laissé une lettre dans ma boîte, où elle écrivait tant de belles choses, tout ce que j’aurais toujours voulu lire. Tout ce que je ressentais pour elle était à présent évident… Prendre une décision, ce sera une amie point barre… Et le lendemain… NON je l’AIME merde!!!!! Je ne dois pas la laisser partir, surtout pas!! Un mois avant de l’embrasser, je tenais à faire le premier pas, nous voulions prendre notre temps. Alors un beau matin, j’ai franchi le pas et nous n’avons plus arrêté.

Elle m’aime, je l’aime, nous nous aimons, nous avons bataillé, nous luttons encore d’ailleurs, dernièrement j’ai été clouée au lit un mois pour une opération importante, elle était dans mes pensées sans cesse avant que je ne m’endorme sur cette table d’opération… et à mon réveil elle était là, j’ai cru ne jamais plus revoir ce si beau visage, embrasser ces lèvres si tendres, sentir son parfum au creux de son épaule.

Plusieurs mois de grande difficulté, mais d’Amour sans limites, d’où l’on ne sort que plus fort, où on sait que l’on doit s’accrocher à ce que l’on va construire… Parce que nous nous aimons.

Photo Capture

Non classé | 18.02.2015 - 18 h 17 | 0 COMMENTAIRES
«Regard sur le coming-out», par Catherine Aliotta, présidente de la Chambre Syndicale de la Sophrologie
coming-out Catherine Aliotta

L’expression «coming-out» est désormais passée dans la langue française courante pour désigner l’annonce faite par quelqu’un de son orientation sexuelle, tout particulièrement de son homosexualité. C’est la contraction de l’expression anglaise «coming-out of the closet», autrement dit «sortir du placard», sortir du secret dans lequel on tenait jusqu’alors son homosexualité. C’est une annonce volontaire, faite par la personne concernée, par opposition au «outing» qui est la révélation de l’homosexualité d’une personne contre son gré, par un tiers. Le coming-out est un moment qui demande, encore de nos jours en France, une grande confiance en soi et un certain courage: même si l’homosexualité n’est plus pénalisée dans notre société depuis 1982, et que la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe a été promulguée en 2013, l’homosexualité n’est pas encore acceptée partout et par tout le monde. Les craintes d’être rejeté.e ou, simplement de décevoir, sont nombreuses.

Une tribune de Catherine Aliotta, présidente de la Chambre syndicale de la Sophrologie, directrice de l’Institut de Formation à la Sophrologie (Paris) et auteure de plusieurs livres, à lire en intégralité sur Yagg.

Photo DR

Coming-out | 09.02.2015 - 13 h 53 | 7 COMMENTAIRES
Annabel: «Plus vous attendez, plus le coming-out est compliqué à faire en entreprise»
Coming-out annabel

Les nombreux coming-outs d’Annabel.

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Pour mon premier «vrai» coming-out, je devais avoir 17/18 ans. Mes amis de lycée savaient déjà que j’aimais les filles, mais ça avait plutôt fait l’objet de tergiversations amoureuses que d’une franche annonce. Là, c’était avec mon cousin qui a un an de plus que moi: nous avons été très proches enfants, et l’adolescence ne nous avait pas séparés.

On se baladait un samedi, enfin, on traînait comme des ados en mal d’occupation. Cette conversation a bientôt 20 ans, donc je n’ai plus les mots précis en tête… Je l’ai surpris à mater une fille, et j’ai donc commenté ses goûts. Il a dit un truc idiot, «Tiens, Annabel est bie!», je l’ai corrigé en disant que non non, je n’aimais que les filles en fait. Et voilà, c’était fait, j’étais contente de l’avoir énoncé à quelqu’un, et que ça se soit bien passé.

Et à partir de ce jour-là, et comme la plupart d’entre nous, j’ai passé ma vie à faire des coming-out. Au début plutôt maladroits, puis avec la pratique j’ai réussi à le placer de mieux en mieux. Évidemment, à 18/20 ans ce sont surtout des coming-out amicaux ou familiaux. J’ai bossé quelques temps dans un centre social, la question ne se posait même pas, j’y étais out et tout le monde s’en fichait. Puis j’ai repris mes études… rien de très compliqué, peu d’enjeux finalement: j’étais l’ainée des classes, la bonne élève, facile de s’affirmer.

Quand j’ai fait mon stage de fin d’étude et que j’ai espéré m’y faire embaucher, ça a été plus compliqué. C’était une start-up, j’étais la première fille coté marketing, il y en avait une autre à la technique. Donc déjà s’affirmer en tant que femme dans cet environnement était une épreuve. J’ai mal géré le «virage» du stage au CDI, et je me suis retrouvée avec juste quelques collègues directs au courant.

Rétrospectivement, je me dis que ce fut ma plus grosse erreur, et j’ai fait en sorte de ne plus jamais la reproduire: à partir de ce job, j’ai toujours été directe, dès le premier jour. Si ce témoignage peut au moins vous apprendre ça, cela vaut le coup de l’écrire: plus vous attendez, plus le coming-out est compliqué à faire en entreprise, parce qu’à force de faire de circonvolutions grammaticales vous finissez par mentir, à minima par omission. Bien sûr, vous m’opposerez que vous n’êtes pas obligé d’être out, que c’est votre choix, et que cela dépend de votre environnement de travail. Je suis bien d’accord, il y a des situations où c’est très délicat, mais gardez en tête que si vous le faites naturellement dès le premier jour, cela passera bien mieux qu’après 2 ans de boite où on vous percevra juste comme quelqu’un qui a menti à tout le monde et auquel on ne peut pas vraiment faire confiance.

D’une entreprise à l’autre, j’ai mis en place une technique qui marche plutôt pas mal: je le dis rapidement aux collègues directs, qui n’attendent généralement pas très longtemps pour demander si on vit avec quelqu’un, puis j’élargis le cercle aux autres services avec lesquels je bosse. Puis, le turn-over aidant (vive l’e-commerce…), quand un nouveau salarié arrive je parle directement de ma femme, et comme les autres qui sont déjà au courant ne bronchent pas, il en fait autant et c’est réglé, idem pour ceux que cela mettrait mal à l’aise (je pense ici à une jeune collègue d’Europe de l’Est qui a souvent des propos d’un autre temps et qui est bien obligée de garder son avis pour elle, du coup).

Bien sûr, cette technique est plus simple quand on est en couple, et j’avoue que le mariage aide un peu aussi.

Et puis il y a tous les petits coming-out du quotidien, qui ne coûtent pas grand-chose et habituent les gens: prendre un rendez-vous pour ma femme chez le coiffeur/dentiste/ médecin et le dire comme tel, papoter avec les voisins, être out dans son quartier… Certains commerçants disent à l’une de passer le bonjour à l’autre, j’ai même eu droit à un «Bonjour à votre dame» de la part du conseiller de la banque!

Pour conclure, il y a effectivement un premier coming-out qui marque, mais après la vie sera forcément ponctuée de coming-out plus ou moins faciles selon le contexte. 🙂

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